Réforme du Quai d’Orsay : les diplomates, dernières victimes du macronisme ?

18 novembre 2021, par ChristelleDernin

Qui ne s’est jamais posé de questions sur le fonctionnement d’une ambassade ? Complexes, ces structures de l’État déconcentré mobilisent au quotidien une foultitude de savoir-faire afin de porter la voix de la France sur la scène internationale. Mais alors même que la France dispose d’un des plus grands réseaux consulaires au monde, les agents du Quai d’Orsay traversent aujourd’hui une crise existentielle. En effet, le 22 octobre 2021, la nouvelle DRH du ministère de l’Europe a confirmé aux conseillers d’Orient et aux énarques sa volonté de poursuivre la suppression du corps diplomatique. Une décision lourde de conséquences pour l’avenir de notre politique étrangère ?

La haute administration française : entre pantouflages affichés et intérêts cachés

Alors que les clichés sur le monde feutré des diplomates ont la vie dure, le récent scandale impliquant l’ancien ambassadeur de France à Washington et à l’ONU n’arrange pas la réputation des agents du Quai d’Orsay. Gérard Arraud, sous les feux des projecteurs depuis l’affaire Pegasus, aurait notamment oublié de prévenir la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique, avant de se faire recruter par la société de surveillance israélienne NSO.

Celui qui a été longtemps présenté comme le chef de « la Secte » pro-atlantiste du ministère des affaires étrangères pose désormais une vraie question de déontologie : les haut-fonctionnaires peuvent-ils pantoufler sans coup férir ? Évidemment, la réponse est non, en théorie ! Pourtant, l’objet de la rencontre entre la nouvelle DRH du MEAE, Agnès Romatet-Espagne et les organisations professionnelles du 22 octobre dernier, n’était absolument pas d’évoquer les fameuses « revolving doors », le pantouflage ou les conflits d’intérêts… Au contraire même, diraient certains, il était cette fois question de supprimer le corps diplomatique ! Les fonctionnaires de cette prestigieuse administration en prennent tous pour leur grade avec cette mesure, car c’est un peu de leur expertise et de leur spécificité qui leur est ainsi contestée. Si bien qu’à quelques mois de la présidentielle, nous sommes en droit de nous interroger : les diplomates seront-ils les dernières victimes du macronisme ?

Vers un spoil-system à l’américaine pour favoriser une ligne atlantiste ?

Alors que cette décision ne passe toujours pas auprès de l’Association syndicale des agents diplomatiques et consulaires d’Orient, une autre affaire atteste du malaise au sein de l’administration en cette fin de quinquennat : le départ du chef de la section Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) du ministère français des Affaires étrangères, Christophe Farnaud. Interrogé par Sputnik dans ce contexte particuliers, Laurent Bigot, ex-diplomate, en poste de 1997 à 2013 au Quai d’Orsay, se montre sévère avec le président : « Le Quai d’Orsay et le corps préfectoral sont les administrations qui se mettent le plus rapidement à ressembler à leurs ministres et au Président. (…) Les deux leviers qui répondent le plus aux injonctions politiques sont ceux auxquels il s’en prend publiquement. Cela témoigne également d’une réelle inculture administrative ».

Par ailleurs, dans une tribune publiée par le journal Le Monde le 8 novembre 2021, 150 jeunes diplomates rappelaient déjà qu’actuellement « le Quai d’Orsay est l’une des administrations les plus ouvertes et diversifiées (52 % des agents sont contractuels, 20 % de l’encadrement n’est pas issu du corps diplomatique) ». Malgré cela, une partie de la technostructure française se montrerait néanmoins discrètement favorable à la disparition de ce régime d’exception… Et pour cause, tout comme, l’influence des mondialistes anglo-saxons s’est progressivement accrue sur la politique étrangère française depuis la réintégration du commandement intégré de l’OTAN, « l’extinction » des experts en langues orientales comme le russe ou le chinois faciliterait un peu plus la tâche à ceux qui s’opposent interne aux orientations tracées par le chef de l’État, notamment lors de la conférence des Ambassadeurs en 2019 : le fameux « deep state ». Cette réforme, si elle était conduite à son terme conduirait à la suppression du corps d’orient, dernier garde-fou qui empêche encore un atlantisme décomplexé de submerger ce qu’il reste de la politique étrangère de la France…

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